Le projet « Les Vigilambules »

INTRODUCTION
au projet expérimental et théorique : Les Vigilambules

Ce projet insiste sur une articulation particulière de l’actuel et du virtuel et sur des dispositifs relationnels, comportementaux et sémantiques inédits.

Nos recherches antérieures ont montré comment à la perspective optique fondée sur la géométrie pouvait désormais s’associer une perspective relationnelle fondée sur l’interactivité numérique. La saisie de type optique, dans la tradition de la photographie, du cinéma et de la vidéo, pouvait s’inscrire dans un continuum qui permet de concevoir l’interactivité comme intervention dans un système de relations « qui a déjà eu lieu ». Ces recherches ont porté en particulier sur la modélisation et la restitution des performances et des gestes. Elles ont mis en évidence le caractère logique et sensitif de tels dispositifs comme leur efficience esthétique et sémantique. Cette recherche s’est appuyée en particulier sur l’installation vidéo-interactive expérimentale Les Perspecteurs (2004-2010).

L’hypothèse est avancée que l’on peut faire porter à une perspective relationnelle une fonction d’augmentation ou de supplémentation qui relèvent du panorama augmenté dans la logique des réseaux, des bases de données et de la réalité augmentée.

La notion de « vigilambule », empruntée notamment à Gilles Deleuze, désigne une clairvoyance aiguisée par un état de conscience particulier. Le vigilambule inscrit impérativement remémoration et  prémonition dans l’actuel le plus intense.

Chez le vigilambule la mobilité est une mobilisation.

Les Vigilambules, c’est un protocole attaché à un dispositif technique et conceptuel; c’est un ensemble de scénarios attachés à des lieux et à des contextes particuliers.

Dans tous les cas, des textes sont contenus dans des tablettes numériques mobiles (aujourd’hui : iPad2) et peuvent s’afficher dans des conditions de comportement et/ou de localisation précises, par le biais d’une géolocalisation GPS perfectionnée par d’autres systèmes de repérage (WiFI, GSM, etc.), par l’intégration de patterns comportementaux, ou encore par le jeu de systèmes de reconnaissance optique de formes et d’inscriptions.

Ces textes, lorsqu’ils s’affichent, sont généralement lus à haute voix par les performeurs (on dira, dans certaines circonstances : pratiquants) qui portent les tablettes numériques. Ces performances sont alors considérées comme actes artistiques à part entière, et appréciés comme tels, mais font également l’objet de captations vidéo-sonores.

La restitution de ces enregistrements peut notamment avoir lieu sur des tablettes numériques identiques à celles des performances, attachées directement ou symboliquement à leurs lieux de captation et jouer alors sur eux de l’effet de « réalité augmentée » :

Premier scénario
« L’illumination de Vincennes » travaille sur la rencontre des lieux de l’ancien Centre Universitaire Expérimental de Vincennes, aujourd’hui inclus dans les espaces boisés, et de textes authentiques des années soixante-dix ayant trait à l’enseignement des arts plastiques et du cinéma;

Deuxième scénario
« Les rues nommées Rousseau » se réalise en coopération avec des élèves du Collège Rousseau à Genève dans le quartier Saint-Jean de Genève où la plupart des rues portent les noms d’œuvres littéraires et philosophiques de Rousseau. Les plaques de rues fonctionnent comme déclencheur de l’apparition des textes relatifs et de leur énonciation par les promeneurs-participants;

Troisième scénario
« Le Sutra de Daikakuji » associe le comportement de « pratiquants », porteurs de tablettes numériques, à la révélation de phrases en français, inspirées librement de textes historiques du Bouddhisme propres au Temple bouddhique Daikakuji à Kyoto.

Notes :
Jean-Louis Boissier « L’Image-Relation », in La Relation comme forme, Mamco/presses du réel, 2009.
Jean-Louis Boissier « La perspective relationnelle », in La Relation comme forme, Mamco/presses du réel, 2009.

Instruments :
Tablettes numériques de type iPad 2.
Routeur WiFi

Réalisation :
Le dispositif-performance est conçu par Jean-Louis Boissier en collaboration avec Dominique Cunin et avec le concours de Akiko Otsu et de Mayumi Okura.

Coopérations :
Université Paris 8, laboratoire « Esthétique des nouveaux médias »;
ENSAD, EnsadLab, programmes « Formes de la mobilité » et « Écrans mobiles et récit interactif »;
Haute École d’Art et de Design-Genève, formation Media-Design;
Collège Rousseau, Genève;
Université des Beaux-Arts de Kyoto, Université Saga de Kyoto, départements nouveaux médias.